| Les médicaments contrefaits ont petit à petit envahi tous les marchés. Les pays en voie de développement (en Afrique, en Asie et en Amérique Latine) en sont les premières victimes. En voici quelques exemples marquants : En 1990, à Haïti, une solution antitussive diluée dans un solvant toxique (100 victimes) ; En 1995, au Niger, de faux vaccins utilisés au cours d’une épidémie de méningite (2500 victimes de la méningite dues à l’absence de protection conférée par le faux vaccin) ; En 1999, au Cambodge, des antipaludéens contrefaits (30 victimes) ; Actuellement, au Cameroun, 70% des médicaments antipaludéens en circulation seraient des contrefaçons. Quant aux USA, la contrefaçon des médicaments y atteint aujourd’hui un niveau important en raison, notamment, des fortes différences de prix des médicaments avec les pays voisins et des nombreuses disparités en termes de couverture sociale et de revenus. D’autres produits de santé sont-ils susceptibles d’être contrefaits ? La contrefaçon peut également concerner d’autres produits de santé, tels que les dispositifs médicaux, les réactifs, les cosmétiques, les biocides, …Des cas de contrefaçon ont été constatés dans le domaine du dispositif médical. Même si, contrairement au médicament, l’Afssaps n’intervient pas directement dans le processus de mise sur le marché des dispositifs médicaux qui relève des organismes notifiés européens mais seulement après la mise sur le marché, elle inspecte les fabricants et les distributeurs. Aussi, une action auprès des distributeurs de dispositifs médicaux a été menée en février 2004 par l’Afssaps (communiqué de presse, point d’information, …) afin de les sensibiliser aux risques de la contrefaçon. Quelques exemples de contrefaçons de dispositifs médicaux constatées : En 2004, en France : contrefaçons de deux marques de lentilles de contact (Proclear ®, Surevue ®) ; En 2005, en Irlande : contrefaçons de préservatifs de la marque Durex ® ; En 2006, aux USA : contrefaçons de bandelettes de mesure de la glycémie dans le cadre d’un traitement du diabète. Ces fausses bandelettes ont montré des valeurs erronées de glycémies provocant des surdosages ou sous-dosages lors de l’administration de l’insuline chez les patients diabétiques, mettant en danger leur santé. Quel est le principal vecteur de vente de produits contrefaits en France ? Internet est le principal vecteur de vente de produits contrefaits puisqu’il permet aux contrefacteurs d’accéder facilement à des millions de consommateurs. Internet n’étant pas contrôlé, on ne peut, de ce fait, vérifier ni la qualité ni l’origine des produits vendus. A ce jour, le droit français n’autorise pas la vente de médicaments sur Internet. Aujourd’hui, plus de la moitié des médicaments proposés sur des sites Internet, notamment à adresse physique difficilement identifiable, seraient des contrefaçons. Les messageries des internautes sont quotidiennement inondées par de nombreux courriels publicitaires sous la forme de « spams » incitant à la consommation de médicaments susceptibles d’être contrefaits. Contexte général Lutte contre la contrefaçon des médicaments:Quels sont les risques pour la santé ? Les médicaments et autres produits de santé contrefaits sont de nature à induire un risque grave chez les patients qui en consomment car ils ne répondent pas, dans la plupart des cas, à la qualité, l’efficacité et la sécurité attendues. La consommation d’un médicament ne contenant pas la dose de principe actif attendue (sous-dosage, surdosage, absence) ou intégrant un autre principe actif, met en danger la santé du patient : absence d’effets thérapeutiques, complications… La possible présence de substances toxiques est source d’aggravation de l’état de santé du patient. Dans le cadre de la vente sur Internet, les modes de distribution n’utilisent pas, en règle générale, les établissements de la chaîne pharmaceutique régulièrement contrôlée par les autorités sanitaires. Dans ces conditions, ni la qualité, ni les conditions de conservation des médicaments ne peuvent être garanties. En achetant librement sur Internet des médicaments soumis à prescription médicale,qu’ils soient contrefaits ou non, le patient ne bénéficie d’aucun suivi médical et court ainsi le risque de mauvais usage (médicament inadapté ou contre-indiqué, risques d’interactions médicamenteuses,…). Les médicaments les plus souvent commandés sont généralement les produits du dysfonctionnement érectile (Viagra®, Cialis®) ou les anorexigènes. Comment expliquer la progression de la contrefaçon ? une implication croissante du crime organisé dans la contrefaçon qui présente moins de risque que le trafic de drogue ; les médicaments « blockbusters » (médicaments générant un chiffre d’affaires très important)représentent de forts enjeux pour les contrefacteurs compte tenu de leur potentiel ;une production frauduleuse de produits contrefaits, depuis la fabrication des principes actifs jusqu’à l’étiquetage du produit fini, plus aisée grâce aux progrès de la technologie actuelle ;la mondialisation des marchés facilitant le commerce des produits contrefaits ; le développement d’Internet qui facilite l’accès aux consommateurs, notamment dans le cadre de l’auto-prescription une réglementation régissant les systèmes de distribution de médicaments insuffisante dans de nombreux Etats en termes d’application et de pénalités ; elle ne constitue pas une force de dissuasion suffisante pour les contrefacteurs. Comment reconnaître une contrefaçon ? Sans pouvoir établir une liste exhaustive des caractéristiques d’une contrefaçon, certains détails doivent éveiller l’attention : prix anormalement faible ; numéro de lots et dates de péremption ne correspondant pas à ceux employés par l’exploitant de manière habituelle ; circuit de distribution ne pouvant être établi ; conditionnement secondaire (carton d’emballage du médicament par exemple) non conforme ; signalement par un patient d’effets indésirables nouveaux : c’est souvent le premier moyen de dépistage des contrefaçons ; signalement d’un patient concernant un défaut de qualité d’un médicament. Cependant, certaines contrefaçons peuvent être extrêmement bien faites et délicates à détecter. Quel est le rôle du pharmacien vis-à-vis de ses patients ? Dans le cadre de sa mission d’information et d’éducation pour la santé, le pharmacien doit, en tant qu’interlocuteur privilégié,mettre en garde ses patients sur les risques de la contrefaçon. Il doit rester à l’écoute d’éventuels signalements formulés par ses clients.Par ailleurs, le pharmacien veillera à décourager le public d’utiliser des sources d’approvisionnement illégales (autres que les pharmacies) car ni la qualité, ni les conditions de conservation des médicaments qui y seraient achetés ne peuvent être garanties. Il convient de rappeler que la dispensation au détail des médicaments est réservée aux pharmaciens qui interviennent dans le cadre d’une chaîne sécurisée par une réglementation très stricte. Ils assurent ainsi la qualité des médicaments qu’ils délivrent. |