Médecine traditionnelle...un regard plus serein!

Publié le par Luther

Marabout, Guérisseur, Voyant, Tradipraticien, Naturopathe, Traditherapeute, Docteur traditionnel… Les termes sont légions pour désigner les agents qui pratiquent la médecine traditionnelle en Afrique subsaharienne. Qui sont ces gens, et que cachent toutes ces dénominations aussi savantes les unes que les autres ?

Ce qu’il est convenu d’appeler médecine traditionnelle est très populaire en Afrique. Normal, puisqu’elle est liée aux us et coutumes de ces peuples. On la définit dans l’ensemble comme des pratiques locales ou supposées telles, utilisant des médiateurs matériels (écorces, racines, feuilles..) et/ou spirituels (voyances, rites, rituels, croyances..) en vue de restaurer ou promouvoir la santé.

L’usage des médecines autres que celles dites allopathiques (modernes) est bien répandu dans le monde. En Amérique latine par les peuples Incas et Amérindiens, en Asie par les Chinois et le Japonais. En Europe les recettes des plantes sont toujours utilisées. Car bien avant la pratique de la médecine moderne, les peuples se soignaient avec ce que la nature pouvait leur offrir. Au sein de chaque peuple, les personnes « initiées » jouaient le rôle de guérisseurs, féticheurs, druides, marabouts, traitants...etc. Elles étaient connues de tous, respectées et consultées par tous.

 

Seulement, la médecine traditionnelle est de nos jours exercée par des agents auxquels les instances officielles de légitimation des savoirs (universités, écoles…) ne reconnaissent aucune compétence dans ce domaine d’activité. Il y a pourtant du vrai dans la médecine traditionnelle, elle-même mère de la médecine allopathique (moderne). Les Africains ont recours à elle très souvent en première intention. Beaucoup d’autres utilisent simultanément les deux types de médecine pour une seule et même affection.

 

L’orientation que prend la médecine traditionnelle de nos jours suscite des inquiétudes.

Dans les radios FM des villes africaines, les tradipraticiens se relayent  régulièrement pour vanter leurs capacités. Chacun se donne un nom et un qualificatif. Chacun intègre dans son jargon des termes scientifiques plus barbares les uns que les autres pour justifier ses connaissances en matière de… médecine. Les MST les plus courantes se traitent désormais par les compositions miraculeuses. Syphilis, chlamydia, Candidose…Le comble est incontestablement cette tendance générale des publicités faisant miroiter des « potions soigne tout »traitant le VIH/Sida.

 Et c’est là tout le danger.

Pourtant, cette profession – celle de tradipraticien – mérite mieux et doit être d’avantage valorisée. A condition, bien sûr qu’on pose des bases solides, afin de donner une rationalité à la pratique, et de soustraire de la corporation des personnes qui deviennent du jour au lendemain des « marabouts occasionnels et économiques ».

Dans sa typologie des systèmes de santé en rapport avec la médecine traditionnelle, l’OMS distingue :

-les systèmes intégratifs. Ici les médecines traditionnelles et les médecines allopathiques font partie de l’offre de soins dans le système de soins officiel. dans un tel système, la médecine traditionnelle est reconnue comme une offre de soins à coté de la médecine moderne (Ex :la Chine)

-Les systèmes de tolérance. Dans le cas présent, la médecine traditionnelle s’exerce et est tolérée dans un cadre où il n’y a pas de réglementation. C’est le cas de plusieurs pays d’Afrique subsaharienne.

-Les systèmes inclusifs où la médecine traditionnelle occupe une place intermédiaire entre la reconnaissance totale et la tolérance.

 

Beaucoup de pays africains appartiennent à la deuxième catégorie, car ici les médecines traditionnelles sont tolérées, mais s’exercent dans un cadre où les droits des usagers ne sont pas définis, où les malades ne sont pas protégés.

De nombreux tradipraticiens peuvent être poursuivis pour exercice illégal de la profession de médecine. C’est pourquoi, il est impératif de voter des lois, afin de mieux structurer, mieux filtrer et mieux orienter cette profession. Les tradipraticiens ont besoin d’un cadre réglementaire qui reconnaisse leur spécificité et leur compétence. Il serait même urgent de créer des écoles de transmission du savoir traditionnel, afin d’éviter qu’il ne s’infiltre dans la corporation des « vendeurs de mirage », qui livrent des colorants alimentaires dans des bouteilles en lieu et place des décoctions ou des infusions à base des plantes. Il faudrait ensuite que la corporation s’auto définisse, et que l’usager puisse différencier le tradipraticien du voyant. Pour cela, il serait idoine de mettre en place un conseil national des associations des tradipraticiens en concertation avec l’Etat. Un code d’éthique et de déontologie devra également être adopté.

Les tradipraticiens devraient aussi humblement reconnaître que si leur fonction est de restaurer la santé ils n’en sont pas pour autant des médecins, pharmaciens et qu’en conséquence ils n’ont pas de compétence à exécuter des gestes techniques qui relèvent des prérogatives de ces professions. Ce n’est pas en diffusant des spots publicitaires sur sa compétence qu’on l’est réellement.

 

Le tradipraticien a un rôle régulateur et stabilisateur dans nos sociétés africaines. Il lui revient de valoriser ses œuvres par une transmission générationnelle de leur savoir, une application déontologique, une publication manuscrite de leurs connaissances, afin de sortir du schéma de vendeur d’illusions.

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