Médicaments de la rue:Les Camerounais vendent la mort
Médicaments de la rue : Les Camerounais vendent la mort
Le phénomène des médicaments de la rue prend de l’ampleur au Cameroun. D’où l’urgence gouvernementale de mettre sur pied une véritable politique d’accès aux médicaments essentiels, et surtout encourager les investissements privés dans le secteur de la santé.
Qu’est ce qui pousse les camerounais à consommer les médicaments acheter aux abords de la rue ? La réponse qui sans cesse revient parle de la cherté des produits pharmaceutiques dans les pharmacies et officines. « Demandez le prix du simple paracétamol dans une pharmacie. Il est cinq voire dix fois plus cher que ce que vous pouvez acheter au lieu dit Gazon.
Je pense pour ma part, que la seule façon d’éradiquer le phénomène des médicaments de la rue est de revoir à la baisse le prix des produits pharmaceutiques… » Voilà ce que préconise un médecin en service à l’hôpital Laquintinie de Douala. Si cette source ne manque pas d’attirer l’attention des populations sur les risques sanitaires liés à la consommation de ces produits, il dit comprendre qu’avec le faible pouvoir d’achat des camerounais, l’on ne puisse pas se soigner normalement au Cameroun.
Le médicament dit de la rue, exposé aux intempéries de toutes sortes, bafoue toutes les règles applicables en matière de conservation. Sur des étables à la merci du soleil, de la pluie et des poussières, les modalités de conservation sont loin de leur garantir la qualité nécessaire pour une consommation sans danger. Les médicaments ou ce qui en tient lieu sont rangés dans des cartons et stockés dans des hangars ou la température augmente et baisse sans contrôle. Un pharmacien révèle que la conservation des médicaments a un impact direct sur leur qualité. « Dans chaque produit, il y a une dose de principes actifs destinés à agir réellement sur l’agent pathogène. Les conditions approximatives de transport, de stockage et de distribution transforment rendent ces substances toxiques pour la santé ».
Le pharmacien précise qu’en réalité, la biodisponibilité d’un médicament baisse entre le fabricant et la pharmacie. Cela est accentué pour le médicament de la rue qui ne connaît aucun suivi. La qualité du médicament de rue ne rassure pas non plus du fait que comme l’avoue un vendeur, il arrive, qu’après la date de péremption, on change la boite du produit périmé en l’introduisant dans un autre étui ayant une date de péremption lointaine. Confidence effrayante pour qui sait que le médicament périmé est un poison grave pour un être humain, qui plus est, souffre déjà d’un mal.
En rappel, une étude a été réalisée en 1994 par l’association française Réseau médicaments et développement (RemeD) sur la qualité des médicaments sur le marché pharmaceutique africain, à la demande de l’Oms. Des échantillons ont été prélevés dans les circuits illicites. Sur les 268 échantillons prélevés au Cameroun sur les marchés ou dans des boutiques non autorisées, 47 ont été reconnus non conformes par l’analyse effectuée dans des laboratoires français. Sur ces 47 non conformes, 16 ne contenaient pas le principe actif attendu.
Fabrication d’anti biotique
D’où proviennent ces médicaments ? Selon ces vendeurs, leurs marchandises proviennent la Centrale nationale d'approvisionnement en médicaments consommables médicamenteux essentiels (Cename), l’organisme du gouvernement camerounais en charge de la distribution des médicaments. Pis encore, des infirmières des hôpitaux souvent achèteraient ces produits chez nous pour aller les revendre dans les hôpitaux Les médicaments vendus dans la rue font partis d’une vaste filière dont la « traçabilité » n’est pas évidente. Les vendeurs évoquent tantôt des livreurs qui reviendraient d’Europe ou d’Asie avec les produits, tantôt des liens avec des structures de réputation dans la chaîne de distribution et de contrôle du médicament au Cameroun tels Pharmacam, Laborex, UC Pharm. Quoi q’il en soit, le trafic s’étend aussi aux médicaments en provenance du Nigeria voisin.
Dans ce clair obscur sur leurs origines, les médicaments de rue ne rassurent guère. D’autant plus que la compétence des vendeurs est des plus douteuses. Chômeurs, chercheurs d’emploi, diplômés de l’enseignement supérieur sans qualification spécifique, commerçants parfois illettrés. En attendant qu’une véritable politique de lutte contre ce fléau, soit engagée au Cameroun, il est impératif pour les autorités publiques d’initier une véritable politique d’accès aux médicaments essentiels.
Et c’est à ce niveau qu’il faut saluer l’investissement d’un opérateur économique qui a initié un projet louable de mise en place d’une unité de fabrication pharmaceutique (Cinpharm) à Makepe (Douala). L’objectif a terme étend de produire des antibiotiques, antalgiques, anti retro viraux à des coûts abordables.
© Correspondance particulière pour Camer.be : Ortanse Ngankou