Médicaments de la rue: L'OMS face à un serpent de mer

Publié le par Luther

 

Une grande controverse existe toujours sur la question du médicament et de son accès au plus grand nombre dans le monde. Le médicament est fabriqué en quantité suffisante. Sa répartition, son contrôle et sa disponibilité restent encore la grande pomme de discorde, qui suscite des malentendus, des dérapages, des connivences  qui conduisent vers la vente illicite des médicaments dans les rues et marchés des villes africaines.

Pour mieux comprendre cette situation, un rappel historique est nécessaire :56111c634484ca76

En 1975, ce qu’on appelait alors Assemblée mondiale de la santé a constaté la dégradation de la situation pharmaceutique dans les pays en développement. Le médicament faisait défaut dans ces régions. Les quelques approvisionnements étaient mal orientés, voire gaspillés. La situation tournait au drame, car l’offre de médicaments était essentiellement endogène. La disponibilité locale ne dépassait pas la barre des 10%. Les pays africains ne possédaient aucune ressource pour obtenir la réduction des prix des médicaments ou la délocalisation des activités de production. Face à ce constat, trois solutions se sont présentées :

-Les institutions

L’OMS proposait aux pays en voie de développement le concept de liste de médicaments dits « essentiels ». Les médicaments essentiels sont ceux-là qui satisfont aux besoins prioritaires des populations en matière de santé. On les choisit en fonction de leur efficacité, de leur innocuité, de leur intérêt et de leur rapport qualité/prix. Cette liste a fait l’objet de plusieurs révisions. Il s’agit d’une liste non exhaustive permettant à chaque pays d’identifier ses priorités et d’opérer sa propre sélection.

La plupart des produits recensés ne sont plus protégés par des brevets et sont disponibles sous la forme des génériques, et ont un coût relativement bas par rapport aux spécialités. Chaque pays établit ainsi une liste restreinte pour chaque niveau de la pyramide de santé. Les centres de santé communautaires disposent de 15 molécules, les centres de santé moyens d’une quarantaine, les hôpitaux de district une centaine, et deux cent molécules pour les grands hôpitaux et centres hospitaliers universitaires.

Cette liste avait pour objectif de faciliter, dans la dimension économique, l’accès du médicament aux plus démunis et dans la dimension sociale la mise à disposition des médicaments dans toute structure de santé, y compris dans les zones de campagnes. Mais entre la conception du projet et sa mise en application, entre les laboratoires qui fabriquent le médicament et les médecins qui les prescrivent, entre les pharmaciens qui les délivrent et les malades qui sont sensés les prendre, il y a toute une foule d’intermédiaires et de contours dans tout ce circuit. Le médicament remplit finalement d’autres fonctions que celles que le pharmacien des laboratoires de productions ne l’imagine. Il devient un objet de spéculations, de marchandages, de détournements. Le médicament n’est plus une simple molécule destinée à éradiquer et/ou soulager une affection mais un objet de convoitises. C’est là que commencent les problèmes de répartition équitables

Les réseaux de vente parallèles

L’autre réponse à la pénurie du médicament dans les pays du tiers monde est le développement de réseaux de vente en dehors des circuits officiels. Pour une meilleure accessibilité, la vente de médicaments a  été libéralisée. C’est ainsi que les agents des centres de santé communautaires étaient à leur tour autorisés à dispenser des médicaments dans leurs centres, dans le strict respect du protocole du médicament essentiel. Un réseau s’est crée autour de cette nouvelle donne et les médicaments se sont progressivement retrouvés dans les marchés, à coté des autres biens de consommation. Le canevas s’est ouvert et est devenu encombré et encombrant. Le médicament de la rue s’est durablement installé, et sa dispensation est tolérée par les pouvoirs publics. C’est aussi un aveu d’échec des autorités face au problème de santé dans les pays africains. Le médicament de la rue représente peut-être pour les autorités, un élément stabilisateur et régulateur sur le plan social.

Les associations

Depuis les indépendances jusqu’au début des années 1970, la fourniture des médicaments dans les pays africains étaient pour l’essentiel limité à l’action des ordres religieux qui approvisionnaient des centres de santé créés ou gérés par eux. Dans les années 1980, avec les différents plans d’ajustement imposés par les bailleurs de fonds, la situation pharmaceutique s’est  littéralement dégradée. Les actions humanitaires se sont succédées,et de nombreuses ONG et autres associations se sont créées avec pour ambition  - entre autres – de fournir des médicaments aux populations déshéritées de l’Afrique. Ces associations faisaient appel à la collecte auprès du public de médicaments non utilisée. Des centres de tri se sont également constitués. Les médicaments étaient alors expédiés aux pays tiers soit par des besoins définis au préalable, soit sans consultation des destinataires sur le type et la quantité de médicament. Ceci a fait l’objet de multiples critiques en raison des « erreurs » détectées ci et là. Les médicaments parvenaient au récepteur en quantité insuffisante et ne permettait pas un bon suivi thérapeutique. Certains avaient une période de validité insuffisante. D’autres ne présentaient aucune garantie de qualité et de stabilité. Une bonne partie ne figurait pas sur la liste sélective retenue par le pays tiers, et devenait inutilisable, ou alors tombait entre les mains de certaines personnes qui les écoulaient directement dans le circuit de vente de médicaments illicites.

L’arrêt de ces dons a été prôné, mais le flot de médicaments de dons continue de couler et de renflouer les étals des marchés.

 

Comme quoi, depuis des décennies, une solution durable et radicale peine à prendre corps dans le domaine de la santé dans les pays africains. Les stratégies  ponctuelles sont très souvent élaborées, mais elles sont vite rattrapées par des réalités évidentes. Ce qui semblait être salutaire est vite devenue une hydre multi faciale incontrôlable. Depuis 1975, le mal n’a pas encore trouvé de remède. L’orientation de la distribution des médicaments reste approximative. Le problème du médicament de la rue reste pendant. La santé des populations africaines reste précaire. Les discours, eux se rénovent…et la vie continue !

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