Les vendeurs de médicaments investissent les bus de transport interurbains

Publié le par kamer pharma

La scène se déroule dans une agence de voyages interurbains. Les passagers sont embarqués dans un bus et attendent le départ, certains font des réservations pour le prochain départ pour Douala. En cette matinée chaude et humide, les vendeurs à la sauvette ont déjà investi les trottoirs et les débits de boissons de la zone de Mvan au sud de Yaoundé,la Capitale, quartier qui  héberge les principales agences de voyage. Les vendeurs proposent un peu de tout aux voyageurs. De la pacotille, des brosses à dents et dentifrices, des sandwiches, de l’eau, des journaux, des CD piratés, mais aussi des médicaments.

Quelques minutes avant le départ, les vendeurs de succèdent devant la portière du bus pour vanter et vendre leur marchandises avec un talent et une aisance dignes des spécialistes en marketing. Leur « speach » est bien huilé. Ils commencent par vous parler d’un mal courant (douleurs lombaires et dentaires, amibiases et vers de toute nature…) et vous en détaillent la genèse et les causes. Les explications, pour un initié sont erronées, mais comportent des termes médicaux pour faire plus savant et …pour impressionner les preneurs.

Tout y passe : des vermifuges, des stimulants d’appétits, des anti-inflammatoires, des antipaludéens, des antibiotiques, des baumes divers… »made in China ».

Ils vous informent enfin que leurs produits sont régulièrement vendus en pharmacie (ce qui est faux !), mais qu’ils vous les « donnent à vil prix », parce qu’il s’agit d’une promotion.

Certains voyageurs se laissent prendre à ce jeu, et se ruent corps et âme vers ces produits provenant généralement de nulle part. d’autres prennent des quantités importantes pour « toute la famille ».

Le bus démarre enfin. Les vendeurs reprennent leur souffle en attendant le prochain départ. Les plus téméraires se dirigent vers d’autres agences et lorgnent un bus prêt à démarrer.

Au terme de plus d’une heure de voyage, le bus arrive au poste de péage de Boumnyebel. Un nouveau vendeur parlemente au préalable avec le chauffeur du bus et monte à bord. Il s’agit d’un autre spécialiste de la vente du médicament.

 Lui propose cependant autre chose : des médicaments à base de plantes. C’est la mode. Les « tradipraticiens » ont le vent en poupe au Cameroun, parce que « le médicament de la pharmacie est cher ». Les plantes de ce nouvel arrivant ont toutes le vertus possibles. Elles éloignent les démons des couches de nuit, protégent  le malade contre toute forme de poison, soigne les otites, la rougeole, la varicelle, le mal de dents, détruisent les kystes ovariens et permettent ainsi à la femme stérile et/ou frigide de « déboucher les trompes » et d’avoir  (enfin) une vie sexuelle normale…

Une «poudre magique » vous est également présentée tout le long du parcours. Elle « lave les reins ». Comment ? On n’en sait trop rien, mais toujours est-il que « les reins sales empêchent de procréer, de vivre une libido épanouie, d’avoir un érection normale ». Une heure de verbiage, et les recettes journalières de notre vendeur prennent du volume. Ce dernier descend à Edéa, le péage suivant, et attend un autre bus pour le chemin inverse.

Il est aussitôt relayé par un autre « confrère ». Le dernier venu est spécialisé, lui dans des décoctions. Il vous brandit des bouteilles contenant des liquides de couleurs différentes. A chaque couleur son indication. A chaque indication sa couleur. Généralement ces potions soignent les mêmes maux cités plus haut. Seulement, elles contiennent pour l’essentiel, des ingrédients de cuisine teintés de …colorants alimentaires.

Bientôt, le bus fera son entrée dans la ville de Douala. Notre « pharmacien des bus » profite d’une halte pour quitter les passagers avant la destination finale. Sa rançon  a été maigre. Mais qu’importe, le prochain trajet sera certainement plus fructueux. Les passagers sortent progressivement de leur fatiguent et passent leur voyage en revue. L’essentiel est sauf. Il n’y a pas eu trop de dégâts durant le voyage, sauf peut-être le bavardage intermittent de nos vendeurs de médicaments de la rue… 


 

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