filières de médicaments de la rue en Afrique

Publié le par Luther

La vente illicite des médicaments dans les marchés et hangars en Afrique  se propage et se conforte grâce à un vaste réseau d’interconnexion tissé au fil des années par les vendeurs de la rue.

Pour bien comprendre ce phénomène, il est important  de s’attarder point par point sur les différentes sources d’approvisionnement les plus connues.

 

A)    Les médicaments des pays voisins

L’intégration régionale et sous-régionale a du bon et est encouragée par une écrasante majorité des Africains. La libre circulation des hommes et des biens  dans certains pays de la CEDEAO et de la CEMAC a favorisé aussi une circulation illicite des médicaments d’un pays à l’autre. Certaines nations de ces régions produisent déjà du médicament générique local, très souvent utilisé dans les hôpitaux de part son coût relativement bas. Ces médicaments se retrouvent souvent dans la rue.

Le circuit de distribution  est défaillant. Les frontières sont poreuses. Les éléments de la douane font preuve de beaucoup de souplesse et de complaisance, le client n’est pas très souvent identifié comme personne habilitée à commercialiser des médicaments…Mais, les douanes africaines laissent souvent tout passer du moment où…

 

B)    Grossistes privées et publics

Beaucoup de grossistes sont connus et occupent le circuit de distribution de médicament depuis des décennies. Ils sont d’ailleurs réputés pour leur sérieux et leur compétence. Leurs fichiers clients ne soufrent d’aucune contestation. A coté de ces grossistes conventionnels, cohabitent des grossistes, dont les principaux clients se retrouvent parmi les vendeurs de la rue sous le couvert de plusieurs centres de santé inconnus et non identifiés. Il y a aussi des fuites, des vols de médicaments chez ces grossistes, qui sont directement écoulés dans le circuit du médicament de la rue. Les centrales d’achats des médicaments constituent également un grand réservoir de ravitaillement. A ce niveau aussi, tout le monde peut se acheter à sa guise, pour peu que l’on se fasse passer pour un infirmier de la brousse. Le médicament pris en stock n’arrive pas dans les campagnes, mais prennent le chemin des hangars des marchés.

 

C)    Les malades eux-mêmes

Il est courant de rencontrer certaines malades qui échangent les produits non utilisés dans le cadre d’une hospitalisation, contre certains médicaments. D’autres les proposent tout simplement à revendre à vil prix, tout simplement parce que dans les officines de pharmacie, les produits vendus ne peuvent généralement plus être repris. Mais ce cas ne représente qu’une infime partie du circuit de ravitaillement.

D)    Dans les officines de pharmacie.

Les échantillons de médicaments gratuits, offerts par les délégués médicaux dans des pharmacies ne sont pas très souvent utilisés à bon escient. Ces médicaments sont vendus  au boutiquier du coin qui tient un rayon de médicament dans sa boutique. Ce phénomène explique en partie la présence de certains médicaments officinaux dans la rue.

E)    Les délégués médicaux

Certains délégués médicaux sont sous la pression de leurs employeurs. Il leur faut avoir des résultats, faire du Chiffre d’affaires, en somme. Il leur est souvent imposé un quota minimum de ventes. Ainsi, pour écouler leurs produits, et justifier leur travail, ils préfèrent « négocier »  avec les vendeurs de la rue, qui se regroupent et passent des commandes importantes des produits en se servant de leur « couverture ». Certains échantillons médicaux leurs sont remis en guise de compensation. D’autres, par contre vendent carrément des médicaments estampillés « échantillon » dans les marchés.

      F) Les dons de médicaments

Les dons des médicaments constituent une autre piste importante du médicament de la rue. Dans ce circuit, les médicaments constituent une véritable friperie. Un mélange de produits de plusieurs provenances, avec des boites aux langues inconnues dans les pays africains, mais qui se retrouvent dans le circuit commercial. De nombreux médicaments sans autorisations de mise sur le marché sont ainsi

      G) La diaspora africaine en Europe

Sans remettre en cause le travail de développement fait par les Africains de la diaspora, il est important de noter que les efforts qu’ils consentent à envoyer des médicaments collectés auprès des organismes humanitaires, pour aider leur concitoyens, s’avèrent être vains, puisque ces médicament n’arrivent presque jamais à destination et se retrouvent  en vente libre sur les étals des marchés.

     H) Les centres de santé illégaux

Dieu sait qu’il existe un peu partout en Afrique des centres dits de santé fictifs, mais fonctionnels. On les retrouve généralement des les confins des quartiers. Ils sont tenus par des infirmiers  retraités ou en activité, et par des techniciens de laboratoires !! . Dans ces centres, les soins de première nécessité sont administrés. Les enfants sont placés sous perfusion, les femmes enceintes y sont consultées, les circoncisions y sont effectuées. A coté de tous ces soins, le médicament est bien évidement présent. Ces centres constituent également des couvertures de ravitaillement pour les vendeurs de médicaments de la rue.  

      I) Les laboratoires clandestins.

Ce qu’il est convenu d’appeler les laboratoires de hangars inondent le marché avec des  médicaments pour la plupart contrefaits. Ces médicaments sont fabriqués en dehors de tout cadre légal et réglementaire. Souvent, c’est la couleur du médicament qui détermine son utilisation. Tout médicament rouge est sensé donner du sang. Le jaune traite le paludisme, le vert est une pilule contraceptive.. .etc.

Dans ce contexte, il est évident que l’usager s’y perd un peu, car il côtoie auprès de des vendeurs de la rue, des médicaments qu’ils achètent régulièrement dans les pharmacies, des médicaments génériques, des médicaments contrefaits, des médicaments périmés, des médicaments en provenance de plusieurs pays que  les ministères respectifs, chargés de la santé  ne reconnaissent pas dans leur répertoire des produits homologués.

Comment fera le commun des malades démuni, pour distinguer dans ce fouillis un médicament présenté comme tel et qui ne contient aucun principe actif ? Comment différencier un faux médicament d’un vrai médicament, lorsque ces deux se côtoient sur le même étal ?

 Ces produits sont proposés aux cliniques, infirmeries privées et même aux pharmaciens. 80% de ces médicaments sont périmés.                   

En fin de compte, le marché illicite se développe en parallèle avec le marché licite en bénéficiant du marketing de celui-ci.

  Il appâte la clientèle en pratiquant des prix moins chers. Beaucoup de prix sont soutenus par des échantillons et des prix de la pharmacie de santé publique.

  Les produits de coulage du secteur privé sont des prix très proches de leurs homologues en pharmacie.

  La quantité de médicaments vendus dans ce secteur se chiffre en milliards hors impôts. En 1994, le chiffre d’affaires des échantillons médicaux avaient atteint les 3 Milliards de nos francs. Aujourd’hui nous pouvons affirmer qu’il s ‘est multiplié par deux ou plus.

   Le coulage des médicaments du secteur privé et public est également effarant. Il est nettement supérieur à 10 Milliards de nos francs pour avoisiner 40% de la consommation nationale.

   Les statistiques démontrent que 35%  des médicaments de la pharmacie de la santé publique arrivent aux malades, soient 65% dans le circuit parallèle.

 

    Félix MOUANGUE pour Kamerpharmaresearch

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