Cameroun: Des médicaments sources des maladies

Publié le par Luther

Comme le soulignait il y a de cela quelques mois un expert de l’OMS en visite de travail au Cameroun, les médicaments de la rue constituent un poison qui tue en sourdine. Une enquête réalisée par l’Association Camerounaise du Bien Être vient de le confirmer : Plus de 62% des Camerounais consomment " les médicaments de la rue ", selon les résultats d'une enquête sur la consommation des médicaments menée à Douala, Yaoundé, Bafoussam, Bamenda, Limbé et Garoua de janvier au mois de d’avril auprès de 1200 personnes. Selon la même enquête, près de 53 % des personnes interrogées affirment que le conditionnement des médicaments vendus ne semble pas être un problème pour les clients. La modicité de leurs moyens financiers fait en sorte qu`ils croient n`avoir pour tout recours que cette pharmacie de rue. En effet, à la question de savoir pourquoi ils portent leur choix sur ces produits de rue au lieu d`aller en pharmacie ...

 

où ils sont sûrs d`avoir de bons produits, et où l`on trouve également des génériques à bon prix, on se surprend de constater que sur les 1200 personnes interrogées par cette association, 650 pensent que les médicaments de rue coûtent moins chers.

Une première étude menée il y  a quelques années avait déjà révélé que «  près de 16% des malades reçus à l’hôpital provincial de Limbé dans la province du Sud- ouest sont victimes des médicaments vendus dans la rue », à en croire le Dr Mbolla Epoh, en service à la délégation départementale de la santé publique  à l’époque.

«  Les résultats ont révélé trois sources d'approvisionnement qui s'expliquent par le revenu de la population: la rue à 53,1%, les pharmacies avec un pourcentage de 44,2%, les centres médicaux 6,7% », ont encore précisé les conclusions de l’enquête

Les médicaments de la rue sont vendus sur les étalages ou par terre et sont proposés sur ordonnance médicale ou pas, à la main. Parfois les patients expliquent aux pharmaciens de fortune ce dont ils souffrent, et le commerçant prescrit et vend le médicament, constate-t-on.

Qui sont ces individus qui font commerce illégal de médicaments dans la rue ?

- Des jeunes sans emplois et sans aucune qualification «  Les Docta » comme on a coutume à les appeler
-  Des jeunes diplômés sans emploi dont c’est devenu le travail car ce commerce est prospère. Certains y gagnent de 5.000 à 10.000 francs CFA par jour et parfois plus. ( 1 €= 655 frs Cfa)

-  Des médecins, des fonctionnaires de l'État pour qui la vente des médicaments de la rue est devenue leur deuxième gagne-pain. Ces derniers détournent des stocks de médicaments et les revendent dans les quartiers ou aux vendeurs de la rue.

Et que fait l’Etat pour protéger la santé des populations ?

Il n'y a aucun système de contrôle des médicaments qui rentrent par les frontières déjà trop poreuses de notre pays, expliquait il y a quelques années le Dr Mbanwi de la Preventive Health Centre de Bamenda, chef lieu de la province du Nord- ouest, 

Pour les pharmaciens du Cameroun, « cette complicité se manifeste par le fait que les services de contrôle de la qualité des médicaments  déployés dans les marchés n'ont jamais empêché ces vendeurs illégaux de médicaments d'exercer leur activité. La filière des médicaments en provenance du Nigeria est connue de tous mais personne ne songe à la démanteler affirme un agent de la communauté urbaine de la ville de Limbé qui a requis l’anonymat. Au contraire, les agents de contrôle de qualité des produits pharmaceutiques perçoivent des taxes liées à l'exercice de cette activité, ce qui veut dire que l'État reconnaît et soutient ces vendeurs, dénonce le Dr M. au reporter de Camer.be

L’usage des médicaments de rue n’apporte rien aux malades mais, au contraire, semble accroître la résistance des germes pathogènes aux traitements futurs. Au lieu d`être moins chers comme le clament ses adeptes, les médicaments achetés dans la rue sont bien plus chers parce que pouvant être très dangereux pour la santé. Un autre cri d’alarme que l’Association Camerounaise pour le Bien être lance à l’égard des pouvoirs publics au sujet du contrôle de qualité des produits pharmaceutiques.

Au moment où nous mettions sous presse, nous avons appris que le gouverneur de la province du Nord - Ouest a interdit depuis hier 28 mai,  la vente des médicaments de rue sur l’étendue du territoire de sa province. Pourvu que les mesures soient respectées et que le message tombe dans les oreilles de tous..

Par Evelyn NANA de camer.be

Paru le Jeudi 29-05-2008 00:15:53   

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